28 mai 2017

Car boy d'Anne Loyer. Thierry Magnier, 2017

Cette lecture, c'est comme un jeu de quilles :  des personnages assez distants pour ne pas se toucher, se tenant toujours droit pour ne jamais flancher... et tout d'un coup une boule  de lumière lancée à vive allure pour tout envoyer éclater, pour faire tomber les masques, pour dévoiler les secrets,  pour que les liens se créaient..

Voilà, c'est l'histoire de Raphaël, gamin cabossé qui se retrouve à devoir cohabiter au milieu d'un paysage de tôle et de ferrailles avec un père énigmatique.
Pour le déstabiliser un peu plus, il y a la découverte de l'existence d'une demi-sœur, belle comme un soleil, terriblement troublante et hypnotisante.
Et puis au milieu de ce trio qui se cherche, ...qui s'échappe,... il y a Kathia, une petite boule de vie, handicapée motrice, adoptée de tous, rayon de soleil au milieu d'une situation complexe.

Les mots d'Anne Loyer sonnent juste, chacun est consciencieusement choisi pour porter le poids des écorchures, le cri de la douleur, la colère de l'incompréhension, le respect du silence mais aussi la joie des premiers partages, les sentiments à fleur de peau et l'espoir d'un souffle nouveau.

Merci Anne de ne pas avoir cédé à la facilité, d'avoir choisi de jouer la carte de la réalité et de nous offrir ce beau texte soigné.

Parce que la vie est pleine d'accidentés, mais que rien ne peut y déroger,... juste chercher l'apaisement là où il peut se trouver.

Alice, terriblement touchée...

Retrouvez l'avis de
 ma copinaute Pepita





15 mai 2017

Lettres d'un mauvais élève de Gaia Guasti. Thierry Magnier, 2016

Souvent rangés dans la catégorie des "derniers de la classe", des "cancres", des "feignants", ... qu'en est-il vraiment de ces gamins qui n'arrivent pas à rentrer dans les cases définies par l'Education nationale ?
En 7 lettres, écrites à ses parents, à la Ministre, à la meilleure élève, au professeur qui lui a mis un avertissement,... un ado lève le voile sur ces jeunes parfois trop maladroitement étiquetés. 
Il nous fait pénétrer au coeur de sa blessure, de sa honte, de sa détresse...
Et pourtant, il suffirait parfois de trouver sur son chemin la bonne personne au bon moment. 

L'ensemble de ces courriers montre son cheminement parfois chaotique, mais pourtant plein d'espoir.

Gaia Guasti reconsidère ici l'image du cancre ; un gamin en colère contre ses parents, contre les autres, mais surtout contre lui. Alors cela nous interroge forcément sur ce que nous sommes, ce que nous renvoyons, ce que nous comprenons, ... et surtout ceux que nous éduquons.

Ce roman, c'est une petite quarantaine de pages essentielles qui nous "balancent" de plein fouet  une certaine réalité.

Alice, finalement peu étonnée...


Retrouvez la lecture commune 
de mes copinautes A l'ombre du grand arbre





11 mai 2017

Rêves en noir de Jo Witek. Actes Sud, 2013

Jill a beau vivre avec sa cécité depuis des années, quand arrive l'adolescence, elle a de plus en plus de mal a accepter son handicap. 

Lors d'une petite "liberté" nocturne, elle est témoin auditif d'une altercation où elle entend les gémissements d'un homme à terre. A partir de ce fameux soir, Jill est prise de visions nocturnes où elle voit toujours le même jeune homme en situation de danger. Aidée de ses amis, elle va donc essayer de tirer au clair ces visions  qui vont l'amener du boulevard Saint Germain à Bruxelles.

Un roman qui flirte habillement entre plusieurs mondes : l'institut pour jeunes aveugles, les visions entre rêve et réalité et une enquête policière.

C'est sûrement la mise en place de ces hallucinations prémonitoires qui donne de l'impulsion à ce récit, qui sans cela aurait pu rester assez classique. On apprécie aussi  à la lecture, cette immersion réaliste dans le monde des non-voyants ;  aucun détail n'est oublié, tout es traité avec une justesse reconnaissable et sans pathos.

Un roman fluide qui sait largement capter le lecteur par sa précision et son mélange des genres.

Alice, .. a bien aimé.

7 mai 2017

Sauveur & fils, Saison 3 de Marie-Aude Murail. EDL, 2016

Comme j'avais hâte de retrouver Sauveur !
Sous une pluie de confettis je pousse la porte du cabinet de ce psychologue antillais  avec le plaisir de me plonger de nouveau dans les histoires de vie d'Ella, Gabin, Maëlys, Blandine, ...

Quoi de neuf ? Ils sont toujours là, chacun avec sa pathologie,  mais tous toujours entourés de la bienveillance et du dévouement de leur thérapeute.
Bien sûr, il y a aussi de nouveaux patients mais le plus important  à mon avis dans ce tome 3, c'est la vie privée de Sauveur. Cet homme si fort, si inébranlable, nous parait un peu plus vulnérable mais toujours aussi touchant. 
Pas toujours facile, au milieu de son défilé de rendez-vous, de gérer sa famille recomposée, ces "invités" qui ont fini par s'installer, sa vie de couple, son rôle de père ... 
Les patients sont de plus en plus envahissants mais Sauveur ne doit pas se laisser déborder s'il veut préserver son couple.

Voilà la force de Marie-Aude Murail :  arriver à relancer l'intrigue, à donner de la substance à ce qu'elle a déjà construit dans les saisons précédentes, à s'appuyer sur la réalité de notre société et à créer une proximité qui pousse à l'addiction.

Tout cela est orchestré avec tant d'intelligence et de finesse que l'on ne peut que savourer ... et patienter pour le tome 4 qui va bientôt arriver ...

Alice, emballée ..


Retrouvez l'avis 
de ma copinaute Pepita


30 avr. 2017

Silhouette de Jean-Claude Mourlevat. Gallimard, 2013

Voilà un recueil de nouvelles audacieux où le parti-pris de l'auteur est que toutes les histoires se finissent mal, voir très mal. Et c'est lui-même qui le dit !

D'un coup de maître, il arrive à imaginer pour ses 10 nouvelles des chutes cyniques, sinistres, machiavéliques, .. de sorte que l'on se laisse surprendre à chaque fois par la fluidité de l'intrigue et sa conclusion souvent caustique. 
On rencontre Pauline, heureuse d'être figurante dans le prochain film de son acteur favori, on croise Guillaume qui a oublié de sortir le chat de la maison, on fait la connaissance d'un escroc qui a volé le manuscrit d'un écrivain ... Des personnages ordinaires que Mourlevat manie avec dextérité pour mieux pointer l'absurdité du monde. Tout s'enchaîne simplement, sans concession, et l'on se plait à imaginer ce qui va bien pouvoir arriver de terrible à chaque nouveau personnage. 

Une mise en abîme finale conclue ce recueil, comme une cerise sur le gâteau, pour ces 10 contes cruels qui se savourent drôlement.

Alice, surprise ...


27 avr. 2017

Le fantôme de Sarah Fisher d'Agnès Laroche. Rageot, 2011

Quand elle se réveille "fantôme", Sarah Fisher n'y comprend plus rien. 
Mais quand Lord Fletcher lui propose de "repartir" dans la vie réelle pour élucider la chute qu'elle a fait depuis le haut de la falaise et qui lui a coûté la vie, elle n'hésite pas une seconde. 
La voilà donc de retour dans son orphelinat, sous les traits d'une autre personne, pour découvrir  à qui appartient la main qui l'a poussé dans le vide.

Quelle intrigue bien menée !
Agnès Laroche arrive à nous plonger rapidement dans les conspirations de cette mystérieuse Angleterre victorienne et la pointe de fantastique apporte ce petit plus à une fiction classique mais parfaitement écrite et maîtrisée.
Il y a des manigances, des soupçons, des questionnements, ... et les 150 pages de ce  roman s'avalent en un rien de temps.

Alice, charmée...




25 avr. 2017

D'entre les ogres de Gilles Baum et Thierry Dedieu. Seuil, 2017

Il y a cet oeil noir et cerné qui nous fixe dés la couverture. Puis notre regard s'accroche sur le teint blafard, sur cette petite main inquiétante qui tient un couteau bien plus grand qu'elle et sur ce gateau qui cache une partie de ce visage qui à la fois nous interpelle et nous met mal à l'aise.
Alors on découvre les premieres pages de cet album.
Identique a celui de la couverture, le trait reste ténébreux, sec, appuyé et laisse présager une histoire sombre. 
Et pourtant... Et pourtant non, c'est l'histoire du bonheur d'une adoption attendue par un couple d'ogres. Blanche, cette petite fille abandonnée dans la forêt, est la plus heureuse et la plus gâtée des enfants enveloppée de l'affection et l'attention de ses parents.
Mais derrière ce bonheur se cache la difficile réalité de cet adoptants imparfaits et l'animosité envers une famille stigmatisée.

Les illustrations, le texte, ... tout se complète et agit sur le lecteur comme un révélateur affirmant que les différences n'y font rien, que les blessures peuvent être très douloureuses mais que l'amour est plus fort que tout.

Thierry Dedieu et Gilles Baum signent un album surprenant qui , sous son apparente brutalité, s'illumine d'une beauté inattendue.

Alice, bousculée...

23 avr. 2017

Appuyez sur étoile de Sabrina Bensalah. Sarbacane, 2017

Il se dégage des romans de la collection Exprim' une singularité et une générosité que j'ai toujours plaisir à retrouver.
Singularité de la thématique, générosité des personnages, ... Sabrina Bensalah tape juste.

Elle nous parle d'Avril, cette jeune ado de 19 ans, coiffeuse à domicile, dont le rêve est de remporter un concours de coiffure. 
Mais a elle seule, Avril serait presque banale, toute son humanité, elle l'a met à profit de ceux qui l'entourent : ses petites mamies qu'elle prend plaisir à shampouiner et à mettre en beauté, son ami Tarik qui rêve d'ouvrir le premier kebab étoilé et dont Avril est la première cliente à goûter les nouvelles recettes, son père qu'elle bouscule gentiment pour l'aider à sortir la tête hors de l'eau après le départ de son épouse et surtout sa grand-mère, Mémé, ancienne hôtesse dans un bar à champagne qui vient d'apprendre qu'elle ne s'était pas complètement débarrassée de sa tumeur au cerveau et que ses jours sont comptés.
Avril n'a alors plus qu'un seul but : d'un petit coup de baguette magique, accompagner Mémé dans ses derniers jours et lui offrir un au revoir à la hauteur de ses rêves.

Voilà, parce que chaque jour est fait de peine mais aussi de joie, la vie d'Avril c'est la vie comme elle va ; avec ses douleurs et ses bonheurs, ses émotions et ses déséquilibres, ses preuves d'amour et ses désillusions , ses rêves et son inévitable fatalité.

Mince Avril, que vas-tu devenir maintenant que Mémé n'est plus là ? Et Tarik ? Et le nouveau traversin de papa ? Vous me manquez déjà ... Avec vous, je me sentais au milieu d'une belle famille bienveillante et rassurante ... prête à décrocher les étoiles...

Alice, illuminée...




21 avr. 2017

La nébuleuse Alma de Luc Blanvillain. EDL, 2016

Au centre de cette fiction, Alma flotte, vaporeuse et parfois confuse, en essayant de se démêler d'un quotidien déroutant.

Elle tourbillonne dans les bras de Robin.
Elle se questionne sur l'éloignement souhaité de sa meilleure amie. 
Elle ne se trouble presque plus de la bulle d'amour dans laquelle se lovent ses parents.
Elle s'étonne devant la proximité de son prof de français.
Elle se laisse aller à la confidence devant les questions et la logique imparable de son petit frère, Octave.
Elle apprend  l'entraide et la solidarité.

Elle, d'ordinaire si banale, sent bien qu'il y a quelque chose qui cloche. Nous même, en tant que lecteur, au milieu de tout ce petit monde, on se laisse aller à divers soupçons, sans découvrir réellement la révélation finale (enfin, moi en tout cas, ...).


La plume de Luc Blanvillain est toujours ponctuée de cette touche légère qui rend la lecture plaisante. L'auteur a aussi cette capacité à nous présenter des personnages singuliers très attachants ; un coup de coeur particulier pour Octave adorablement inventif !
Mais malgré tout, cette lecture me laisse dubitative. Bien trop de thèmes se mélangent et surtout, tellement de situations me paraissent invraisemblables. 

Une lecture finie avec le sentiment de l'avoir survolée, tant je n'ai pas réussi à m'y plonger.

Alice, perplexe...


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ma copinaute Pepita

6 avr. 2017

Prends garde à toi de Fanny Chiarello. EDL, 2013

Je crois avoir bien compris le souhait de l'auteur de nous proposer une lecture au second degré... mais manque de bol, je n'y suis pas arrivée. 

Louise, l'héroïne, m'a exaspéré du début à la fin.. Son attitude de petite peste pourrie gâtée, son égoïsme, ses certitudes, ses jeux de manipulatrice, son comportement prétentieux, son arrivisme, sa jalousie .... beaucoup trop pour moi.
Bien sûr, Fanny Chiarello fait évoluer le personnage, le pose face à son ego surdimentionné, le met face à son double beaucoup plus sage  et réconcilie tout son petit monde à la fin, mais tout cela me laisse bien perplexe.
Certes des questions sont posées  (la place de la culture dans l'éducation  par exemple ) mais finalement je n'ai trouvé que peu d'enjeu au coeur de ce roman à part l'expression de la jalousie d'une ado et, de manière sous-jacente, une réflexion sur la concurrence entre jeunes.

Pourtant, sur la forme, on ne peut rien reprocher à l'auteur qui manie la langue et l'écriture stylistique de manière impeccable, mais cela n'a pas suffit pour me captiver.

Alice, agacée ...

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