22 nov. 2017

Le Roi Moi de Jean-François Chabas et Thomas Baas. Albin Michel, 2017

Un véritable petit dictateur ce Roi Moi : richissime, exigeant, présomptueux, égoïste, insatisfait.. et donc indubitablement seul, triste et morose.
Avec un tel caractère pas la peine d'envisager trouver une jolie jeune femme pour partager sa vie ! Même la princesse Na, la plus gentille et compréhensive princesse qui soit, claque la porte du palais !
De quoi amplifier la colère et la tristesse du Roi.
Mais un jour, par hasard, le Roi découvre le plaisir du don, et la joie que cela peut procurer. La vie de son royaume s'en trouve alors complètement modifiée.

Ce conte aux allures classiques joue la carte de la modernité. Il parait tellement actuel et les bonnes intentions sont tellement précieuses qu'il n'en est que réjouissant ! 
C'est une jolie leçon de vie passée à la moulinette sous la plume exigeante de Jean-François Chabas et les illustrations très expressives de Thomas Baas.
Une véritable fiction sociale.

Alice, et moi...et moi... et moi ...





20 nov. 2017

T'arracher de Claudine Desmarteau. Thierry Magnier, 2017

C'est dans un gouffre que Lou s'enfonce ...
Irrémédiablement, irréparablement.... elle est emprisonnée dans une douleur lancinante depuis la rupture inattendue avec son ex. 
Elle a le coeur brisé, la tête à l'envers, le chagrin permanent ... et rien n'a plus d'importance que de comprendre pourquoi il l'a laissé tombé alors qu'elle brûle toujours d'amour pour lui. 
Elle s'étouffe, Lou  ! Elle le voit partout, elle pense à lui tout le temps, elle le suit sur les réseaux sociaux, elle jongle avec les excés... et le reste n'est que futilité. Ses notes sont en chute libre, sa santé se fragilise, la relation avec ses parents est tendue ... son esprit reste obsédé et dévasté par cette séparation.

C'est un long monologue que nous offre Claudine Desmarteau. Elle creuse, elle dérange, elle sait mettre les mots sur cette blessure intense, sur ce premier chagrin d'amour, sur cette torture personnelle qui frôle avec le vide.
Ses mots claquent et l'on ressort de cette lecture complètement lessivé, complètement essoré.

Car on le sait, même si l'espoir renaît,  le premier chagrin d'amour restera au fond de nous toujours ancré.


Retrouvez l'avis 
de ma copinaute Pepita


9 oct. 2017

Double faute d'Isabelle Pandazopoulos. Gallimard, 2016

Sous la houlette de leur père, Ulysse et Ludovic ne vivent que pour la compétition. Dés l'aube et jusque tard dans la soirée, ils courent, frappent des balles et se font discrets face aux exigences et aux sautes d'humeur paternelles. Le court de tennis est leur terrain de jeu et les médailles se ramassent à foison.
Mais à l'adolescence, Ulysse se blesse, décide de ranger les raquettes et de renoncer à la compétition. Seul alors son frère porte les rêves de son père,  jusqu'au jour où il s'écroule en plein match.

Certes nous avons ici une histoire de sportifs poussés à la prouesse par un père intransigeant,  mais c'est surtout l'histoire d'une famille qui vole en éclat, d'une fratrie rivale, d'une colère enfouie,  d'un besoin de reconnaissance et  d'un silence pesant.
Entre ces pages, nous vivons une tragédie contemporaine percutante et bouleversante faite de contradictions et de liberté.
Isabelle Padanzopoulos sait trouver les mots justes et creuse jusqu'à la fine psychologie des personnages pour nous tordre les boyaux et nous insurger.
Ce roman est un véritable cri de l'intérieur, assez perçant pour ne pas nous laisser indifférent.

5 oct. 2017

Champion de Christophe Léon. La joie de lire, 2017.

Ils sont 6 ados, unis autour d'un seul et même événement : la disparition de l'un d'entre eux,  Brandon.
Lauryane l'a vu, par sa fenêtre, passer dans la rue alors qu'au loin fonçait un bolide conduit par Luc. A ses côtés, Louella, sa passagère, se souvient que le véhicule a percuté quelque chose.
David, autiste est rapidement accusé, car on a retrouvé le téléphone de Brandon dans sa chambre.
Quant à la discrète Abigail, elle cache à son entourage sa relation amoureuse avec la victime.

Nous suivons chacun indépendamment les uns des autres, mais rapidement tout se construit, tout s'imbrique. 
Chacun a son cas de conscience ; chacun a fait un mauvais choix : Lauryane n'a t-elle pas détourné le regard ? Louella va -t-elle continuer de se taire sous la pression de Luc ? David est-il vraiment coupable ? Brandon est-il réellement le sportif dont l'image lui colle à la peau ? 
Aucun ne semble innocent et tous pourrait être soupçonnés.

Ca se passe souvent comme ça avec Christophe Léon : il a l'art et la manière de jouer subtilement avec des parcours de vie pour aborder des questions sociètales qui ne nous laissent pas indifférent. La fin ouverte peu laisser confus ou amener à réfléchir, mais en tout cas, rien ne la laissait transparaître.

Un roman, sur fond d'enquête, qui se lit vite et bien.






4 oct. 2017

Minute papillon de Gaétan Dorémus. Rouergue, 2017

Que manger quand on est une chenille non végétarienne ? 
Rien à faire des légumes et des fruits du jardin !  Ce que notre chenille préfère ce sont les protéines de poissons, d'oiseau, de petits lutins et même de dinosaures ! 
Difficile d'en trouver dans le potager me direz-vous ! Alors, faute de mieux, tout en râlant, elle picore du bout des lèvres les aubergines, poires, tomates, potimarrons...qui la colorent au fur et mesure tel un bel arc-en-ciel. Mais la chenille, vous le savez, ne reste pas longtemps chenille ...

Cet album est foisonnant ! Il offre de multiples niveaux de lecture que chacun aura plaisir à s'approprier.
Sur la page de gauche, telle une belle planche encyclopédique, chaque légume est dessiné sous toute ses coutures. Il s'anime même et devient monstre, nuage, oiseau, visage, baleine...
Sur la page de droite, un dialogue s'installe entre le narrateur et la chenille comme pour nous inviter à regarder de plus prés la page de gauche. 
Tout s'organise parfaitement entre texte et image, à vous de choisir, si vous voulez vous documenter, vous amuser, vous laisser emporter par une histoire racontée ...

Joli travail de Gaétan Dorémus pour nous amener sur les chemins de la botanique et revisiter la métamorphose de la chenille en beau papillon !

Retrouvez l'avis de 
ma copinaute Pepita


27 sept. 2017

L'ascension de Saussure de Pierre Zenzius. Rouergue, 2017.

La montagne, ses paysages grandioses, ses sommets inaccessibles, ses expéditions, son immensité, ... et un rêve comme un mythe : l'ascension du Mont Blanc. 
Au XVIII siècle, l'infatigable naturaliste Horace Bénédict Saussure s'est lancé  dans la conquête de ce sommet et c'est là que notre histoire commence...
Une véritable aventure menée par une cordée pas toujours efficace, pas toujours perspicace mais de bonne volonté. Minuscules face à l'énorme étendue de la montagne, nos hommes avancent, carte en mains, échelles, sac à dos et autres objets inutiles sous le bras, et s'agitent de page en page pour atteindre le sommet.
Les paysages changeants défilent, les forêts laissent place aux sentiers, aux glaciers, aux sommets cachés dans la brume épaisse, ... et jusqu'au bout le narrateur se fait discret, observateur extérieur, jusqu'à ce que nous soit dévoilée sa véritable identité. 

J'ai adoré les personnages savamment croqués, perdus face à cette immensité inconnue ; ses paysages profonds où l'on a presque envie de se perdre et ses pages sans texte pour savourer le silence. 

Un beau premier album !








24 sept. 2017

La trouille de Julia Billet. Le calicot, 2017

Après 10 moins d'enfermement en prison, c'est l'heure de la sortie. Pas un moment attendu, pas un moment de joie, mais un moment d'appréhension et de peur. 
10 mois, c'est long ... La cellule était devenue son repère, et son quotidien était réglé comme du papier à musique. Que va-t-il se passer dehors ? Comment va t-il retrouver sa mère, son copain Fred et la belle Elina ? 
Dehors, il y a trop d'espace, trop de chemins possibles, tout un monde qui a continué de tourner sans lui.

Avant de passer la porte vers ce nouvel inconnu, il va partir en montagne avec d'autres détenus, un guide, un maton et un agent de probation. C'est là qu'il va se préparer à  réapprendre le silence, la beauté, l'immensité ... pour que tout soit possible par la suite.

Il est délicat ce moment où l'on passe la porte d'une prison pour en sortir, ce moment où la liberté est inquiétante et où l'on n'imaginait pas la joie céder la place à la trouille.

S'il fallait une démonstration de la nécessité d'accompagner la réinsertion, ce texte court mais d'une grande humanité en serait l'exemple le plus efficace.

20 sept. 2017

En route ! de Maria Jalibert. Didier jeunesse, 2017


Le travail de Maria Jalibert est fait de bric et de broc, de bricolages, de bidouillages, d'assemblage, de triturage ... Elle collectionne tout, rien, les petits objets, les trucs qui traînent et, sous ses doigts créatifs, naissent de leur mise en scène des histoires, des dialogues, des constructions qui nous émerveillent et nous transportent dans son monde fantaisiste bien à elle.

En route ! Partons en expédition ! En bateau, en bus, en avion, dans un tunnel, au milieu d'objets colorés et rétros,  nous voilà embarqués dans un jeu de cherche-trouve où il faut faire preuve d'un oeil aiguisé. Chaque page offre son camaieu de couleur, ses accumulations graphiques et sa strophe poétique : qu'est ce que c'est inspirant et ludique !

N'ayons pas peur de nous perdre dans ce cache-cache interminable, on s'y retrouve artistiquement, ... forcément !

Alice, qui aime observer, décortiquer, .. être étonnée !

18 sept. 2017

Trouver les mots de Gilles Abier. Le muscadier, 2017.

Gabriel se sent coupable. Coupable de quoi ? De ne pas avoir su trouver les mots justes, de ne pas avoir su rassurer, d'avoir fait preuve d'impuissance, d'avoir abandonné un proche...

Il est entre les mains de la police à devoir se justifier de ce coup de fil, passé la veille à son cousin Julien, et qui a exactement duré douze minutes et vingt-trois secondes.
Après, cela.., le drame ! On comprend entre les lignes qu'il s'est passé quelque chose de grave mais on a beau imaginer diverses hypothèses, ce n'est qu'au terme d'un récit introspectif que  la révélation nous troublera.

Le sujet est terrible et interpelle. Mis sous la plume abrupte de Gilles Abier, il résonne fortement en nous comme pour nous rappeler les malaises et les remords de l'adolescence.  Il y a dans ce texte, de la douleur, des silences et de la confusion, assez pour nous offrir un témoignage percutant.

14 sept. 2017

A quoi tu ressembles ?de Magali Wiener. Le Rouergue, 2017

Ils sont douze. Douze ados d'une même classe.
Chaque mois, l'un d'entre eux partage avec nous un souvenir, une anecdote, une préoccupation.... 12 chapitres bien distincts comme une petite nouvelle a part entière. Sauf qu'à eux tous, ils forment une bande et leurs histoires se croisent ou parfois se font écho. Un chassé-croisé permanent qui aborde les mésaventures du quotidien.

Le point commun de leurs histoires ? Sûrement le lycée mais surtout la place des parents. Ils ne sont jamais bien loin et ponctuent de nombreuses chutes.
A l'âge où l'on gère un passage délicat vers le monde adulte, ils sont là, dans l'ombre, à espérer l'avenir de leurs enfants. Faillibles dans leurs secrets, pesants dans leurs fonctions, gênants dans leur intimité, faibles dans leur blessures... mais toujours présents.

Magali Wiener s'attache à nous offrir des tranches de vie réalistes, à faire voler des cases trop étroites et à accompagner ces jeunes dans leur héritage familial.

Ainsi, l'année scolaire s'écoule, et si les anecdotes sont souvent savoureuses, un brin de cruauté les parsème et nous offre souvent des chutes surprenantes.

Alice, qui s'est parfois laisser attraper ...

Retrouvez l'avis de ma copinaute Pepita 
qui a même interviewé l'auteur