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13 févr. 2018

Les valises de Séve Laurent-Fajal. Gallimard, 2016

C'est à l'occasion d'un voyage scolaire à Aushwitz que Sarah se trouve chamboulée par un nom de famille écrit sur une valise. 
Dés lors, elle n'a plus qu'une idée en tête : faire  des recherches sur ses origines, sur ce père dont elle ne sait rien, sur cette  famille inexistante, sur ce passé qui, elle en est sûre, n'est pas si simple.

Si elle est bien décidée à interroger sa mère, il n'est pas facile de briser la barrière de silence qui s'est installée entre elles. Sarah va alors se démener seule pour  éclaircir l'ombre qui plane sur son histoire, si proche de la grande Histoire.

Dans cette quête de vérité, Sarah va trouver sur sa route des éléments facilitateurs : une enveloppe cachée, trouvée sans peine, un petit ami follement amoureux complètement dévoué à son aide, un prof d'histoire doué de la généalogie... et finalement la puissance de la thématique s'en trouve un peu oubliée.
Les événements s'enchaînent et rien ne semble émouvoir Sarah qui les accepte sans grande complexité de gestion.

Si la lecture est  agréable, je regrette donc ce manque de surprise et cette perte de sens où les premiers émois amoureux de Sarah prévalent finalement sur le fond historique et la quête identitaire.
Dommage, car la thématique était prometteuse ...

Souvenez vous, 
un livre offert par Sophie 



4 sept. 2017

14-14 de Silène et Paul Béorn. Castelmore, 2014

Imaginez-vous recevoir du courrier d'un cousin oublié et qui semble de plus en plus étrange au fil de ses lettres ?
Imaginez-vous découvrir que vous êtes en train de communiquer avec un quasi-homonyme qui a vécu 100 ans  auparavant ? 
Imaginez -vous pouvoir changer le cours des choses pour lui éviter les atrocités de la Première guerre mondiale ?

L'idée des auteurs est très intéressante, elle permet de mettre en parallèle la vie quotidienne des deux ados, chacun dans leur époque. Deux vies  qui se croisent, mais même à 100 ans d'intervalle des préoccupations communes et des rêves à affronter.

On se laisse rapidement prendre au jeu de l'originalité de ce scénario et de cette correspondance étonnante. Une manière pertinente de présenter et d'intéresser le public cible à la Première Guerre Mondiale. 

Un peu d'étrangeté : il fallait oser mais  c'est plutôt bien fait !


24 juil. 2016

Une petite chose sans importance : chroniques lunaires d'un garçon bizarre de Catherine Fradier. Au diable vauvert, 2016

Parce qu'il est atteint du syndrome d'Asperger, parce qu'il porte un regard décalé sur tout ce qui l'entoure, parce qu'il éprouve le besoin de donner son avis chaque fois qu'on ne lui demande pas, parce qu'il a besoin de rituels pour se rassurer...Sacha a l'art de décontenancer tout le monde. 
Déscolarisé depuis ses 11 ans, il suit sa mère, médecin humanitaire, lors de ses déplacements en Afrique où elle vient en aide à des enfants soldats.
C'est en ex-République démocratique du Congo qu'il va faire la connaissance de Destinée et qu'il va être embarqué dans une aventure invraisemblable. Rapidement dépassés par les événements, les deux ados vont tout de même aller au bout de leur entreprise. Leur amitié atypique va passer bien au dessus des préjugés pour laisser place à de l'entraide et de la complémentarité.

Par son aspect hyper documenté et les thèmes forts qui sont abordés, on prend plaisir à lire ce roman.
L'aventure périlleuse et l'écriture exigeante demandent parfois  beaucoup de concentration, mais le lecteur a entre les mains un roman qui se démarque, une belle aventure humaine de deux ados unis, malgré leur différence. 

19 juil. 2016

J'aime pas les clowns de Vincent Cuvellier et Rémi Courgeon. Gallimard, 2015

Elle est magnifique cette histoire ; l'histoire que raconte cette grand-mère à "son grand". 
Elle non plus, elle n'aimait pas les clowns, ..avant..., 
Mais aujourd'hui elle est prête à tout dévoiler ; à raconter à son petit fils cette longue histoire ; cette histoire personnelle qui est la sienne, et qui va devenir la leur.
Alors sur le chemin vers le grand chapiteau, d'un pas décidé, sur un ton enjoué, elle se lance dans un monologue confident. 
Sa façon d'interpeller son compagnon, d'entrecouper sa conversation, de laisser place au spectacle, d'utiliser un vocabulaire commun, de naviguer entre présent et passé, de ne pas être trop démonstrative... donne une force encore plus intime au récit qu'elle souhaite transmettre.
Il y a finalement toute une retenue, toute une tendresse sous-entendue dans cette conversation. 

Par une métaphore remarquable, par des illustrations et un jeu de couleur parfaitement maîtrisé, Vincent Cuvelier et Rémi Courgeon réussissent un tour de maître épatant et nous offre un magnifique album exigeant et intelligent. 
Un album qui, sans trop en dire en offre beaucoup, à la fois touchant, comme le clown blanc et souriant comme l'auguste...


1 mai 2016

Little sister / Benoît Séverac. Syros, 2016

La vie de Léna et de sa famille a basculé quand ils ont découvert le visage de son frère à la Une des journaux : Yvan est en Syrie, parti faire le Djihad et a tué d'autres terroristes.
Montrés du doigt, stigmatisés, étouffés dans leur banlieue toulousaine, Léna et sa famille tente de se reconstruire sous une autre identité au fin fond d'un coin perdu de la France. 
Puis un jour, quatre ans plus tard,  Yvan tente de donner des nouvelles à sa soeur. Léna ne sait plus si elle doit détester son frère, lui pardonner, essayer de comprendre... mais une chose est sûre elle se rendra au rendez-vous qu'il lui a fixé.

L'idée de cette fiction est prometteuse, n'est ce pas ? Sujet brûlant d'actualité, elle répond sûrement à une forte demande d'autant que son axe d'approche permet d'être accessible par un grand nombre.
Construit en 4 parties alternant les points de vue des différents protagonistes, ce roman, pourtant très réaliste, n'a tout de même pas réussi à m'emballer. Un sentiment de distance avec les personnages et d'irrégularité des parties, peut-être ... mais aussi une fin qui se devine et se dénoue finalement en quelques pages. 
Ou alors, est-ce mon point de vie d'adulte qui aurait aimé des réflexions plus profondes, des incompréhensions, des justifications ? Peut-être aussi...

Reconnaissons alors à ce livre le mérite d'exister et à Benoît Séverac de bien mener sa barque de bout en bout.
Un livre efficace, qui ne se lâche pas, mais à qui il manque un petit 'plus'.

7 avr. 2016

Si tu m'avais raconté / Marie Sauzon. Oskar, 2015.

Ce roman est un récit croisé entre Chloé, jeune collégienne en vacances en Ardèche et Manuel, son grand-père.
On se doute bien que leurs destins vont se rencontrer, que la thème de la transmission est sous-jaçent, mais ce roman réussi aussi le pari de nous embarquer profondément dans une histoire familiale engagée et douloureuse.
Ancien combattant républicain espagnol, Manuel trimbale avec lui tous ses souvenirs de la guerre civile, son exil en France, les camps d'internement, la construction d'une nouvelle vie et l'espoir d'un retour dans son Andalousie natale.
Chloé, elle, respire le sentiment de liberté, l'insouciance, la joie de travailler aux champs et la douceur d'un été ensoleillé. 
Grâce à deux personnages, deux vies, une histoire héréditaire, ce roman témoigne de l'essentiel sur une période historique pas si lointaine et géographiquement proche de nous.
Une lecture intéressante, rythmée et dont on apprécie l'hommage à tous ceux qui ont lutté pour la liberté.
Un roman bien mené et plutôt réussi.

3 janv. 2016

Là où tombent les anges / Charlotte Bousquet. Gulf stream, 2015

Il faut avoir le temps pour apprécier ce beau pavé.
Le temps de tout bien comprendre. 
Le temps de tout bien assimiler.
Le temps de tout bien digérer.

1914-1918 : 4 ans. 4 ans d'une guerre terrible et la vie qui s'organise pour Solange, soulagée du départ de son époux maltraitant. 
4 années durant lesquelles, Solange et les femmes qui l'entourent vivent, survivent. 
Charlotte Bousquet nous parlent de chacune d'entre elles, de leur destin, de leur trajectoire, de leur affranchissement, de leur courage et de leur lutte.
Elles se croisent, s'entrecroisent, s'écrivent. 
4 années durant lesquelles, elles mènent leur combat, personnel mais toujours juste et altruiste. 

Ce roman est vraiment un équilibre cohérent entre la fiction et un foisonnement de références et de témoignages historiques retraçant la réalité quotidienne d'une période à la fois sombre et émancipatrice.
Eprouvant, contrasté, d'une intensité impressionnante, talentueux,.. 402 pages qui ne se laisseront pas oublier de si tôt.

10 déc. 2015

Lily / Cécile Roumiguière. La joie de lire, 2015

1961, en pleine guerre d'Algérie, Lily vit à Paris.
Tous les jours elle pousse les portes de l'opéra et s'entraîne dur pour réussir le concours d'entrée et devenir ballerine.
Mais la période est trouble.
Son frère Michel, qu'elle chérie tant, est parti à la guerre. Les attentats se multiplient, Alger brûle, et pendant ce temps là, la jeunesse de la capitale s'amuse, écoute du jazz et découvre les films de Jacques Demy.
Alors que Michel refuse d'obtempérer, s'enfuit de la prison et qu'elle- même se trouve prise entre les filets d'un beau parleur de l'OAS, c'est l'heure des choix pour Lily. La jeune danseuse ne se laisse plus imposer sa vie,  elle s'émancipe et prend son destin en main. 
Je ne suis habituellement pas fan de ces romans qui, sous couvert de fiction, relate une période historique. Quelle surprise ici ! Je me suis complètement laissée emporter par la mise en abyme et les évènements.
Les divers points de vue, les voix qui se mêlent, les apartés, les périodes qui se répondent, ... accentuent les perspectives et donnent une dimension puissante à ce roman terriblement vivant.
Conquise et emballée, je ne peux que vous le conseiller !
  Retrouvez l'avis de ma copinaute aux 3 étoiles

6 sept. 2015

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre / Ruta Sepetys. Gallimard, 2011

La seconde guerre mondiale et ses immondicités, une nouvelle fois.
La déportation en Sibérie de milliers de lituaniens, victimes d’un pacte entre l’Allemagne et la Russie.

Dans un terrible huis clos, entre entassement dans des wagons, survie dans des camps, hurlements, morts, famine, survie, …on suit l’itinéraire de Lina et sa famille arrachés sans explication à leur confortable vie.
Rien n’est épargné ni la douleur, ni la souffrance, ni les conditions glaciales du pôle nord , ni la pénibilité des travaux obligatoires, ni le sadisme des officiers russes, ni la rage de la résistance.
Un récit qui nous happe et nous bouleverse, tellement ce pan de l’histoire, aussi affreux que la déportation des juifs, n’est que peu connu. S’il s’agit d’une pure fiction, elle n’est malheureusement pas bien loin de l’exacte réalité, l’auteur s’appuyant sur  un épisode de l’histoire de sa propre famille.
De la haine, de l’incompréhension mais aussi de l’amour, de la solidarité, ce récit est empreint de tant de bouleversements émotionnels, qu’il ne peut laisser indifférent.

Voilà là le combat et l’espoir d’êtres humains déshumanisés, qui cherchent au plus profond d’eux à sauvegarder leur conviction coûte que coûte : magnifique !
Retrouvez l'avis de mes copinautes Nathan et Bouma

31 août 2015

Max / Sarah Cohen-Scali. Gallimard, 2012.

En voilà un roman vraiment dérangeant.
Un ouvrage qui questionne, qui effraye, qui écoeure parfois, et qui a coup sûr ne peut pas laisser indifférent, d'autant qu'il s'inspire de faits réels !
 
Nous sommes en 1936, Max est le représentant parfait de la race aryenne, "créé" scientifiquement dans le cadre du projet "Lesborn", pour correspondre à toutes les normes physiques et psychologiques énoncées par Hitler. 
Sa vie est vouée au Furher, son éducation, son environnement, ses pensées sont maîtrisées de sorte qu'il soit un parfait allemand nazi.
 
Plus que bouleversant, cet ouvrage est vraiment glaçant. L'histoire racontée par Max lui-même nous embarque dans un vertige incontrôlable et laisse peser une chape de plomb tout au long de la lecture. Le lecteur se retrouve scotché à cette fiction, largement documentée qui ne peut pas laisser indemne.
L'écriture de Sarah Cohen-Scali ne nous ménage pas, elle emploie les termes justes et percutants pour décrire des situations violentes,  tragiques, souvent insoutenables. 
 
On sort de cette lecture complètement horrifié et abasourdi avec entre les mains le récit d'un monstre qui nous marquera à jamais.
 
Retrouvez l'avis de ma copinaute Kik

28 juin 2015

La mémoire en blanc / Isabelle Colombat. Thierry Magnier, 2015

Elle croit connaître son histoire, Léonie ; mais la réalité est tout autre.
Des agressions répétées,  le vol de son sac à main, d'étranges messages envoyés sur son portable, la faiblesse psychologique de sa mère, les voyages répétés de son père en Afrique, ... autant d'éléments qui vont l'interroger sur son histoire et l'origine de ce malaise, 'La chose', qui la hante la nuit.
Elle qui se croyait née sous X, apprend subitement qu'elle est une enfant ramenée du Rwanda alors que le pays était en plein génocide.
Avec l'aide de son fiancé Raoul, de leur ami Etienne et grâce à une psychotérapeute attentive, Léonie va se reconstruite et découvrir ses origines et l'histoire de son pays.
Entre révélations, souvenirs et éléments historiques, on suit la quête de cette jeune ado, forte et raisonnée, qui apprend à se connaître et à devenir elle-même.
Si l'intrigue est un prétexte au devoir de mémoire, l'auteur réussit son pari de nous sensibiliser et de nous plonger dans une période de l'histoire contemporaine,  si peu éloignée de nous,  et presque top vite oubliée.

26 juin 2015

Je t'enverrai des fleurs de Damas / Franck Andriat. Mijade, 2014

Quel choc dans le lycée, ils viennent d'apprendre le départ vers la Syrie de leurs deux camarades Wassime et Othmane.
Il y a Myriam, ado forte, intelligente qui ne comprend pas ce qui lui tombe dessus : pourquoi n'a t-elle rien vu venir ?
Il y a le professeur de français bouleversé, qui essaye d'apporter des réponses à toutes les questions, les réflexions, les incompréhensions.
Autour d'eux gravitent les autres élèves, les enseignants, le proviseur, les familles, .... chacun avec ses différents points de vue et son propre débat intérieur.
Que de questions se posent pour le lecteur ! Quelle intensité ! Quelle densité !
Entre les mains, un livre intelligent qui profondément diffuse des valeurs humanistes d'amour et de tolérance.

Retrouvez l'avis de ma copinaute Céline

2 juin 2015

Une guerre pour moi / Thomas Scotto, Barroux. Les 400 coups, 2015

La guerre au travers des yeux d'un enfant, ça peut être un jeu ou ça peut être sérieux.
Quelque part dans un pays d'Afrique, Amal et son petit frère parcourent les rues et apprennent à survivre à côté des ruines, des champs de bataille, des tas de cailloux et des ombres menaçantes.
Rageur, Amal a décidé de lutter, de combattre et embarque son petit frère dans sa résistance.
Naïvement, le petit dernier suit, croyant à un jeu, s'amusant des entrainements trop sérieux et idolâtrant son grand frère.
Mais la guerre est bien trop souvent un jeu dangereux...
 
Le magnifique texte de Thomas Scotto, ponctué d'un lexique très fort, est pourtant très subtil et nuancé. Il porte à la fois toute la force et la fragilité d'un sujet sensible et poignant.
Une intensité renforcée par de splendides illustrations de Barroux. Animées par des couleurs chaudes, jouant le jeu des oppositions dans les ambiances, elles s'étalent sur des doubles pages et séduisent l'œil.
Le tout forme une œuvre réussie ; un album unique.