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4 sept. 2016

De si beaux cheveux de Gwladys Constant. Oskar, 2016

Ce petit livre est un concentré de pamphlet féministe. Il y est question de diktats de la beauté, de harcèlement masculin, de drague irrespectueuse, de colère et de révolte. 
Sous forme de témoignage journalistique, nous faisons la connaissance de Jeanne  qui nous explique pourquoi, par militantisme, elle s'est rasée la tête. Un geste pas anodin, mûrement réfléchi, touchant  à la beauté et à la sensualité féminine. 
 Je n’allais pas me trancher un sein, et jouer les Amazones. La chevelure, c’est symbolique, c’est signifiant, elle parle aux instincts, les instincts les plus vils. Car je considère que les mecs qui m’abordent dans la rue ne sont pas des hommes, justement. Ils sont en dessous ».

L'argumentaire est maîtrisé, le geste est sûr, la confession est terrible... Jeanne parle au nom de toutes ces jeunes ados, de toutes ces femmes qui acceptent ou n'ont d'autres possibilités que de se taire. Toutes celles qui sont gouvernées par le désir des hommes.

Un récit poignant, d'autant qu'il est inspiré de faits réels.
Un récit utile et intelligent.
Ca claque fort !


de Gwladys Constant

17 juil. 2016

La porte de la salle de bain de Sandrine Beau. Talents Hauts, 2016

Aucun doute, l'explicite de l'image de couverture et la clarté du titre annoncent que le texte de Sandrine Beau va à l'essentiel.
Mia est une jeune ado ravie de voir son corps changer. Impatiente, elle guette tous les jours la naissance de sa poitrine. Ce qu'elle n'avait pas imaginé par contre, c'est le regard des autres sur sa métamorphose et notamment l'insistance de son beau-père. 
Le passage à la salle de bain devient une véritable angoisse : il ouvre la porte, éloigne la serviette mise à disposition, attend, lorgne...
La présence intrusive est de plus en plus systématique, le malaise de plus en plus pesant sans que Mia n'arrive à le dénoncer.
Elle use alors de stratégies pour ne plus se doucher chez elle et avant que tout cela n'empire, arrive à trouver la confidente évidente qui pourra l'aider
Tout aurait pu déraper, et pourtant Sandrine Beau traite le sujet avec ce qu'il faut de justesse pour ne pas tomber dans le sordide. Nous pourrions tous être Mia (ou Mio) ; la voix de cette ado sonne juste et nous questionne sur la réalité de certains regards trop appuyés et de cette indispensable pudeur à l'approche de la puberté. 
Comme une sonnette d'alarme, ce livre est à accompagner et à mettre dans les mains de tous, enfants, ados et parents,...juste par nécessité.

Retrouvez l'avis 

7 juil. 2016

Le complexe du papillon d' Anne-Lise Heurtier. Casterman, 2016

C'est avec légèreté qu'Anne-Lise Heurtier nous présente Mathilde, fille d'agriculteurs, ado de 14 ans, vivant dans la campagne périgourdine. On est bien avec elle, elle est plutôt sportive, sympa et ses copines aussi. Mais sous ce tableau se cachent des souffrances : des parents trop occupés par leur activité professionnelle, le décès récent d'une grand-mère à qui elle était très attachée et un complexe naissant sur son corps. D'un simple petit régime, pour pouvoir rentrer dans une robe, Mathilde va alors glisser inévitablement vers de l'anorexie mentale. Tout devient trop strict, trop pesé, trop rigidifié, et après le plaisir de voir son corps changer, les complications ne tardent pas à arriver. 
Anne -Lise Heurtier, métamorphosant l'image de la chenille et du papillon, traduit parfaitement bien l'inconscience de la jeune fille qui ne se sent pas déraper, qui n'a pas conscience de sa fragilité et qui ne comprend pas l'aide apportée. 
Un beau roman à message, sans jugement aucun, qui pousse le lecteur à réfléchir sur les dictats extérieurs qui mènent parfois dans des engrenages dont il est bien difficile de se séparer.
Un roman court, mais qui avec justesse et délicatesse, en dit bien assez pour que le lecteur soit touché.
Un regard nécessaire.

28 mai 2015

Ronde comme la lune / Mireille Disdero. Seuil, 2015

Elle le sait Saskia.
Elle sait qu'elle a des rondeurs, elle sait comment lutter contre la prise de poids et elle sait ce qu'elle est au travers du regard des autres. Et malgré des amies proches, fidèles et aimantes, les moqueries dont elle est la cible la touche au plus profond de sa différence.
Inconsciemment, Saskia se barricade, se replie sur elle même, se victimise en cherchant des responsables qui lui éviterait d'assumer sa souffrance. Elle se ment, ne supporte pas la surprotection de ses proches et ne peut même plus comprendre l'attention et l'intérêt que lui porte Erik.
Résignée, elle se nourrit de gourmandises, de livres et de séries télé.
Et puis un jour, elle va se faire honnêtement bousculer en toute franchise et se retrouver face à ses responsabilités.
Elle sait alors que c'est elle, et elle seule, qui doit reprendre contrôle de son corps pour retrouver confiance en la vie.
 
Pas de lamentation, pas de pathos.
Mireille Disdero n'épargne pas Saskia  et c'est sûrement pour cela que le roman sonne juste. Un récit où tout est sincère et réaliste et qui n'est pas s'en rappeler la dure loi des apparences, surtout à l'âge de l'adolescence.
Un récit où le dénouement est plein d'optimisme et d'espoir, sans diktat des régimes, mais juste par l'acceptation de soi.
Un point de vue pas inintéressant.
 
Retrouvez l'avis de ma copinaute

6 nov. 2014

La vie, en gros / Mikaël Ollivier. Thierry Magnier, 2001.


Etre obèse et ado, voilà deux ingrédients difficiles à combiner.
Benjamin a beau essayer de suivre un régime, de prendre RV avec un psy-acupuncteur, c'est plus fort que lui : plus Benjamin tente des efforts, plus la balance grimpe.
Il n'y peut rien, il aime manger, sans faim, tout le temps, c'est un plaisir sacré, un partage évident. Une boulimie permanente qui lui permet d'apprécier les bons moments, mais qui est aussi un lieu de refuge lors de moments plus difficiles.
 
Alors, oui, Benjamin est en surpoids de niveau 2 et ce n'est pas facile de se construire à travers le regard des autres (adultes méprisants ou ados odieux).
Et si tout simplement,  Benjamin ne s'attachait plus a faire un problème de son obésité ?

Sans tomber dans le pathos, ce petit roman décrit les différentes phases d'un ado complexé dans une société où le culte du corps à toute son importance. On le suit dans ses douleurs physiques et psychiques, dans les attaques qu'il subit, dans les défis qu'il se lance, dans sa peine et son désarroi.
 
Un roman court, mais juste, d'un ado fâché avec son corps qui finalement retrouvera le sourire grâce à son envie folle d'aimer et d'être aimer.