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11 mars 2018

Et j'irai loin, bien loin de Christophe Léon. Thierry Magnier, 2016

En fermant ce livre, je ressens comme un manque. 
Le manque de savoir ce qu'il se passe plus précisément dans la conscience d'une famille ordinaire qui se retrouve à accueillir, malgré elle, une famille de migrants.
Mais il me manque aussi de creuser plus profondément  tout ce qui se passe dans la tête de ce père et de cette fille qui ont traversé les frontières et les pays dans leur longue fuite.

J'ai par contre trouvé dans cette fiction, d'une actualité incontournable, de la spontanéité, de la solidarité, de l'enrichissement personnel, de l'aide et de la bienveillance. 
Comme toujours  avec Christophe Léon, le lecteur est poussé dans ses propres retranchements, dans son propre questionnement : que faisons-nous face à la dignité de l'accueil des migrants ? Jusqu'où pourrions nous aller ? Jusqu'où sommes nous dérangés dans notre confort personnel ?

Alors, même s'il me manque de la profondeur  dans la réflexion des personnages, le fond mérite d'exister et la thématique  de ce roman a toute sa nécessité.

Retrouvez l'avis 
de ma copinaute

31 déc. 2017

Dans la forêt de Okkaido d'Eric Pessan. EDL, 2017

Entrer dans la forêt de Okkaido, c'est accepter d'osciller entre rêve et réalité.

Julie est allongée sur son lit, sérieusement malade, fiévreuse et comme envoûtée par un rêve qui n'arrête pas de se poursuivre chaque fois qu'elle se rendort. Dans ce rêve, Julie porte secours à un jeune japonais qui a était abandonné par ses parents à  la lisière de la forêt. 
Bien  plus que d'être à ses côtés, Julie se confond complètement avec lui : ses délires, ses rechutes, ses pics de fièvre ... coïncident parfaitement avec la déshydratation, le froid, la peur... du jeune japonais. 
"Nous sommes deux dans un seul corps", pense-t-elle, tandis que ses parents s'inquiètent de la voir si faible.
Julie comprend alors très vite qu'elle doit accomplir une mission essentielle, celle de le garder en vie coûte que coûte avant l'arrivée des  secours.

Sous la plume d'Eric Pessan il se dégage un charme indéfinissable autour de ce roman qui prend toute sa puissance lorsqu'on apprend, la dernière page tournée, qu'il est inspiré d'un véritable fait divers. On revit alors avec intensité toutes les émotions, tous les liens qui se construisent en totale symbiose entre ces deux ados.

Un texte vraiment vertigineux qui ressemble à un véritable appel au secours face à une humanité un peu dingue, qui oublie parfois de dévoiler toutes ses subtilités.

Alice qui croit aux anges gardiens et au pouvoir des rêves...


Mes autres chroniques de cet auteur ici.
Retrouvez aussi  l'avis de ma copinaute Pepita


19 déc. 2017

Rage d'Orianne Charpentier. Gallimard , 2017

D'elle, on ne sait pas grand chose. 
Juste qu'elle s'appelle Rage.

On devine dans son histoire une capture, des bourreaux, une évasion, un arrachement contraint à sa famille et à son pays. 
Depuis cet exil forcé, elle est verrouillée, Rage. Elle vit dans une carapace avec la peur permanente au creux de son ventre.

Tout bascule quand, lors d'une fête, dans un moment de panique, elle tombe nez à nez avec un pitbull à l'agonie, victime de maltraitance de la part de son maître. 
Dans les yeux de l'animal, Rage voit alors, comme dans un miroir, sa propre détresse. 
S'occuper de lui, le sauver pour se sauver elle-même, devient plus que tout son seul et unique but.
Le temps d'une nuit, tout se joue dans ce texte court, sobre et percutant. 

Orianne Charpentier nous propose là une fiction intrigante :  on tourne la dernière page à la fois dérangé par une écriture mystérieuse et ciselée, et bouleversé par cette tragédie qui vient de loin.

"Rage", c'est un livre comme il n'en existe pas d'autre, qui nous parle finement d'(in)humanité, de force et de renaissance.

Alice, parfois décontenancée...

3 juil. 2017

Soul breackers de Christophe Lambert. Bayard, 2017

C'est une histoire qui vous happe. 
Dés les premiers chapitres, on sent que l'aventure va être fascinante.
Nous voilà plongé avec Teddy, son père et sa soeur Amy au coeur de l'Amérique des années 30, la période de la grande Dépression, de l'exode de nombreux américains qui espèrent trouver le paradis en Californie. 
Ce roman pourrait s'en tenir à un voyage initiatique ancré dans une réalité historique, mais non, Christophe Lambert va plus loin et mêle à ce périple quelques phénomènes paranormaux, divers sortilèges et des rencontres hasardeuses bienvenues.
C'est ainsi que Teddy va travailler dans les mines,  rencontrer la bande des "Coeurs solitaires", essayer de gagner quelques sous en postulant dans un abattoir, faire la connaissance de Chef l'indien, s'attacher à Mary Jane,  se retrouver dans un hôpital psychiatrique,  ... d'aventures en rebondissements, de l'Arizona à la Nouvelle Orléans retrouvera -t-il l'âme de sa petite soeur, persuadé qu'elle a été enlevée par une troupe de forains  ?
Rien ne lui est épargné, la violence, la famine, la saleté, la magie noire, la torture, l'arrivée de  la menace nazi en Europe ...

La trame est bien ficelée, le fond est très documenté et l'intrigue fantastique complètement intégrée.
Et parce que tout est détaillé, le livre est bien épais ! Des longueurs auraient a mon goût pu être évitées et je me suis permise de survoler certains paragraphes. 

Malgré tout, cette histoire mystérieuse nous emporte ailleurs et m'a rapproché d'une lointaine lecture adolescente "Les raisins de la colère" de John Steinbeck.

Alice, qui ne pensait pas y arriver ...


25 juin 2017

La traversée de Jean-Christophe Tixier. Rageot, 2015.

Le titre... la couverture.. tout est clair, nous savons que nous sommes au coeur d'un sujet brûlant d'actualité.

Sam, jeune africain, a décidé de se payer la traversée qui le mènera jusqu'en Europe, terre promise où il est possible de tout imaginer. 
Le temps de quelques heures, au plus fort de la tempête, il se bat avec ses compagnons d'embarcation pour croire que la fin du cauchemar est proche. Mais le bateau chavire, les blessés s'épuisent et les cadavres flottent à la surface de la mer.

Au coeur de ce moment tragique, Sam joue un rôle essentiel, mais ce n'est pas sans se laisser rattraper par les souvenirs de sa famille, de sa jeune soeur et de son meilleur ami. 
C'est ainsi que nous découvrons tous les détails de son périple qui l'a d'abord conduit en Syrie pour lui faire rencontrer des passeurs, puis son internement dans un camp le temps de l'attente et aussi sa rencontre avec ses compagnons d'infortune.

L'histoire est assez réelle pour être terrible. En quelque pages, Jean Christophe Tixier nous plonge dans un récit très documenté qui éveille la conscience du lecteur. 
La fin qui reste très ouverte laisse la possibilité de garder espoir ou de s'indigner avec encore plus de virulence.
Un roman tout en distance et en proximité.

Alice, irritée...

26 févr. 2017

Strada Zambila de Fanny Chartres . EDL, 2017.

Strada Zambila, c'est une rue de Bucarest. 
Une rue d'aujourd'hui, en Roumanie,  où habitent Ilinca et Zoé avec leurs grands-parents.
Pour quelques mois, leurs parents sont partis en France trouver un emploi et améliorer leur  cadre de vie. 
Dur-dur cette absence pour Ilinca.  Entre colère et tristesse, elle a bien du mal à comprendre et accepter cet éloignement. Elle aimerait bien que ses parents soient à ses côtés pour Noël, mais cette éventualité ne semblent pas envisageable.
Trop c'est trop ! Ilinca claque l'écran de l'ordinateur et coupe court à la discussion SKYPE.
Au milieu de ce bouillonnement rageur, elle voit alors s'ouvrir une bouffée d'oxygène : un concours d'art plastique pour lequel elle fait équipe avec un camarade de classe Florin. Ensemble, il vont parcourir les rues de la ville appareil photo sous le bras et vers de poésie dans la tête. L'occasion pour Ilinca de trouver du réconfort mais aussi de se frotter à la réalité de certains préjugés, d'acte raciste et de contradictions. 

Un roman qui nous invite à visiter Bucarest avec un autre oeil : on découvre les dessous intimes de cette ville qui traîne avec elle un bagage historique complexe et une population qui cherche encore parfois sa place et son identité. Comment y vivre alors, quand on s'y sent comme un étranger ?
Fanny Chartres nous invite délicatement  a trouver la voie avec tolérance et simplicité.

Alice, un peu plus éclairée...



8 janv. 2017

Refuges d'Annelise Heurtier. Casterman, 2015

AnneLise Heurtier est un de ces auteurs qui nous raconte le monde. Mieux que ça, elle nous embarque toujours dans des sujets sensibles où l'on sent pointer son engagement personnel pour de nobles causes.


Avec Refuges, elle revient sur les questions de société actuelle concernant les immigrés. Elle arrive à immiscer dans une fiction familiale, le destin de jeunes ados érythréens et surtout à nous plonger au cœur des conditions dramatiques de cette folle traversée qui les fait accoster à Lampedusa.

Même s’il est question de manipulation, de peur, de violence, de désastre humain… AnneLise Heurtier reste mesurée et précise dans son discours. Elle n’est pas là pour culpabiliser le lecteur et montrer chacun du doigt, mais juste pour mobiliser notre conscience personnelle.
Elle nous touche par la force des émotions et des sentiments. Elle nous parle d’une famille disloquée, de passion, d’amitié mais juste avec ce brin de fragilité, de solidarité et d’humanité qui fait tourner le monde (enfin, je l’espère !).

Un dosage parfait pour un livre fort.


Retrouvez l'avis de 
mes copinautes Carole et Pépita
 


8 déc. 2016

Le fils de l'Ursari de Xavier-Laurent Petit. EDL, 2016

Chez les Roms, un Ursari est un montreur d'ours. 
Dans leur pays de l'Est, Ciprian et son père, accompagnés de leur ours, vont de marchés en place de village pour faire le spectacle et gagner quelques pièces. Mais la vie n'est pas facile et quand se présentent deux hommes qui promettent travail et richesse à Paris, toute la famille s'entasse dans un camion avec l'espoir d'un avenir meilleur. 
La désillusion est rapide. Installés dans un bidonville où c'est chacun pour soi, soumis à la pression d'une bande mafieuse et obligés de travailler malhonnêtement, la famille s'enlise. Si ce n'est Ciprian qui va découvrir le jeu d'échec et, par ce biais, redonner une nouvelle tournure à  sa vie.

Ce roman nous montre l'envers du décor d'une histoire malheureusement actuelle. Xavier-Laurent Petit, et son regard terriblement humaniste, nous ouvre les yeux  sur ce trafic de migrants et le quotidien de misère de ces personnes déracinées. Forcément, on est touché par le destin de cette famille et bouleversé par chacun d'entre eux.
A travers les yeux naïfs d'un enfant, on ne peut que faire évoluer notre regard sur une vérité parfois très crue mais  qui se veut optimiste.

Un bien beau roman.

Retrouvez l'avis de ma copinaute Pepita

10 juil. 2016

Le caméléon et les fourmis blanches d'Emmanuel Bourdier. La joie de lire, 2015

Alors que la rentrée approche, Casimir Feugnard, enseignant de CE2 manque d'enthousiasme. Préoccupé par un célibat qui lui pèse, il est encore plus désabusé quand il apprend qu'il comptera parmi les élèves de sa classe Issa, un jeune malien sans papier, difficile à apprivoiser.
Mais le jour où les gendarmes sont prêts à renvoyer le jeune ado dans son pays, l'enseignant se retrouve contraint de l'héberger chez lui. 
Si les premiers jours sont difficiles - Issa se mure dans le silence et Casimir met du temps à accepter sa présence- les deux hommes vont finir par partager de beaux moment ensemble.
Le roman alterne les points de vue de chacun des protagonistes comme pour tisser petit à petit un lien invisible au premier abord.
Un roman court où deux mondes se rencontrent et où se mêle  à la fois une histoire d'adulte et une histoire d'ado. 
Un roman où un petit animal sauvage, arrive à se rendre invisible aux yeux des autres, et où une fourmi blanche ose sortir de la troupe.
Mais un roman terriblement d'actualité qui questionne sur le rôle des enseignants et surtout l'accueil des migrants. 
Une écriture très poétique, une métaphore qui tient ses promesses jusqu'au bout... une belle rencontre, un livre pour tous.

3 nov. 2015

J' me sens pas belle / Gilles Abier. Actes Sud, 2011

L'histoire d'amour entre Sabine et Ajmal pourrait être belle.

Sauf qu'Ajmal, beau comme un Dieu, est refugié clandestin.
Sauf que Sabine ne comprend pas que cet Apollon puisse se promener à son bras alors qu'elle doute de son physique.
Sauf que Sabine s'est aventurée dans une glauque histoire de sexe qui la suit comme une ombre.
Sauf que son père n'accepte pas cet amour.
Sauf qu'Ajmal a été dénoncé à la Police.

Au delà d'une histoire sur les apparences (comme le suggère le titre) et du récit d'un amour impossible entre deux ados, Gilles Abier aborde les thèmes des réfugiés, de leur précarité et des procédures administratives auxquelles ils se heurtent.
Un récit qui est mené de main de maître en nous faisant douter de la sincérité et de la réciprocité de cet amour et en nous perdant dans diverses pistes.
J'ai aussi retrouvé là l'écriture de Gilles Abier et son style provocant qui ne s'embête pas de fioritures, ni de filtres. Je regrette juste une fin, certes surprenante, quoiqu'un peu trop hâtive.


Retrouver l'avis de ma copinaute Bouma

14 mai 2015

Une preuve d'amour / Valentine Goby. Thierry Magnier, 2014

En toile de fond : Les misérables de Victor Hugo.
Souvenez-vous, Fantine a abandonné Cosette.
(Fantine est-elle pour autant une mauvaise mère ?)
Et puis il y a Jean Valjean et Javert... et dans la réalité de cette salle de classe où cette lecture est imposée,  il y a Sonia et Abou.
Abou, nerveux et déstabilisé par l'histoire de Cosette, sort de la salle en claquant la porte.
Sonia, intriguée, est peut-être déjà amoureuse de ce mystérieux garçon ...
La jeune fille va alors se mettre en quête de découvrir comment ce roman fait écho à la réalité de l'histoire d'Abou.
Valentine Goby, à travers le prisme des Misérables, nous décrit des choses simples, la vie telle qu'elle est parfois, avec des préoccupations d'adolescents mais aussi une réflexion plus profonde sur l'exil, l'abandon et l'amour parental.
 
A peine 100 pages, pour ce petit bouquin.
100 pages et pourtant, que ces ados forment un joli duo !
100 pages puissantes à mettre entre toutes les mains.

15 mars 2015

Au bout des longues neiges /Jean-Côme Noguès. Nathan, 2014.

Au XIX° siècle, les Irlandais souffrent de famine et de pauvreté. Traverser l'océan pour se reconstruire une vie meilleure au Canada reste un rêve non accessible par tous.
Un exil à la fois forcé et espéré.
C'est dans ces conditions que la famille O'connell s'embarque sur un bateau de fortune ; entassés parmi d'autres prétendants à un avenir plus radieux.
La traversée est précaire, l'installation douteuse et l'intégration délicate sur cette terre immense et sauvage où la rencontre avec les tribus indiennes ne se fait pas sans appréhension et sans heurt.
Comme généralement, le rapprochement se fera par l'intermédiaire de deux enfants : Finn, le cadet de la famille O'connell qui se liera d'amitié avec Plume noire un jeune indien sourd et muet.
 
Un récit simple, sans rebondissement, qui s'attache à décrire la réalité de l'immigration, de l'espoir, de la reconstruction et de l'intégration.
Au cœur d'une nature immense, qui occupe une large partie du récit, l'auteur nous invite à suivre un  périple courageux et humaniste.
Tout en narration et en description, ce livre de qualité se lit rapidement, apporte un bon bol d'air pur mais reste pour moi d'écriture trop classique.
Un livre dans la lignée des Jack London.
Retrouvez l'avis de Kik