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3 juin 2018

Tous les oiseaux savent de Claire Mazard. Oskar, 2017

Résumer ce livre ... difficile.... 
Une vie de jeune coloniale en Afrique en 1950.
Mais pas que ...
On est rapidement affecté par une cruelle relation mère-fille. Un lien tendu et autoritaire, un silence permanent fait d'indifférence et de soumission.
Et puis, subitement Emmy est renvoyée en France pour vivre chez sa grand-mère.
Alors, on devine. On devine un secret bien gardé, une douleur perceptible, sans vraiment pouvoir l'imaginer.

2014, on retrouve Emmy en France, installée à Paris, chineuse, silencieuse et sauveuse de sans abris. Une vie généreuse envers les autres mais toujours faillible pour elle.
C'est une rencontre bouleversante qui va faire resurgir tous les douleurs de l'enfance, le secret inconsciemment dissimulé et le poids à porter. 

Ne pas en dire trop... laisser le lecteur être troublé par un roman qui mérite de se lire jusqu'au bout. 
Apprécier l'écriture à la fois sèche et pudique.
Croire en la résilience. 
Ecouter les oiseaux pour supporter son chagrin.

19 mars 2018

Quand vient la vague de Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier. Rageot, 201

Qu'est ce qui a poussé Nina à fuir le domicile familial ? Est-ce une "simple" fugue ? Doit-on imaginer bien pire ? Après des mois d'agitation, l'enquête s'est essoufflée, les parents se sont épuisés mais l'incompréhension reste entière. 
Son frère, Clément, piqué à vif par un copain, va alors décider de tenter de remonter le fil de l'histoire pour comprendre cette disparition.

Le livre se construit clairement en deux parties dont le tournant est la révélation, prévisible, de la raison de cette fuite. 
Jusque là, tout semble linéaire, mais l'on plonge ensuite dans ce qu'il y a de plus profond pour chacun des deux ados. Les auteurs insistent sur leur force singulière, leurs réflexions individuelles, leurs doutes, leurs angoisses et leur amour réciproque.
Rien n'est simple dans une famille, mais ici, personne n'est jugé. Alors si le mensonge, la colère, l'incompréhension,  la culpabilité, ... bousculent violemment ces gamins, ce n'est qu'un premier pas pour eux d'accepter, à leur façon,  la réalité.

Avec brio et limpidité, les auteurs nous offrent un roman assez fluide sur les secrets de famille mais aussi sur les questionnements qui raisonnent dans la tête des adolescents alors qu'ils sont au moment crucial de basculer dans le monde "adulte". 

Voilà, un roman contemporain intéressant sur la quête de soi et l'amour fraternel.


13 févr. 2018

Les valises de Séve Laurent-Fajal. Gallimard, 2016

C'est à l'occasion d'un voyage scolaire à Aushwitz que Sarah se trouve chamboulée par un nom de famille écrit sur une valise. 
Dés lors, elle n'a plus qu'une idée en tête : faire  des recherches sur ses origines, sur ce père dont elle ne sait rien, sur cette  famille inexistante, sur ce passé qui, elle en est sûre, n'est pas si simple.

Si elle est bien décidée à interroger sa mère, il n'est pas facile de briser la barrière de silence qui s'est installée entre elles. Sarah va alors se démener seule pour  éclaircir l'ombre qui plane sur son histoire, si proche de la grande Histoire.

Dans cette quête de vérité, Sarah va trouver sur sa route des éléments facilitateurs : une enveloppe cachée, trouvée sans peine, un petit ami follement amoureux complètement dévoué à son aide, un prof d'histoire doué de la généalogie... et finalement la puissance de la thématique s'en trouve un peu oubliée.
Les événements s'enchaînent et rien ne semble émouvoir Sarah qui les accepte sans grande complexité de gestion.

Si la lecture est  agréable, je regrette donc ce manque de surprise et cette perte de sens où les premiers émois amoureux de Sarah prévalent finalement sur le fond historique et la quête identitaire.
Dommage, car la thématique était prometteuse ...

Souvenez vous, 
un livre offert par Sophie 



4 déc. 2016

Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier. Thierry Magnier, 2016

Que savons nous de l'amour ? Pas grand chose finalement... Chaque jour on apprend à vivre avec, on construit une relation, on se découvre faillible, on s'adapte, ...

Lorsqu'un soir Nicolas reçoit un mail de sa mère, tout son passé resurgit et il nous plonge alors dans ses confessions intimes. Il nous raconte ce couple étonnant qu'il formait depuis l'enfance avec sa voisine Malina. Un couple encouragé par les adultes, un couple qui dérange et met le lecteur mal à l'aise. 
Il nous parle aussi de la relation de ses parents. Leur amour infaillible malmené par la maladie et l'adultère.
Il interroge ses certitudes, ses doutes, ses espérances... et les nôtres par la même occasion.
Sa réflexion construite et pleine de sagesse porte notre regard vers plus d'indulgence et de de compréhension : l'amour c'est pas si simple !
Et puis il y a la maladie du père, une scène bouleversante mais essentielle où tout se joue.
Et enfin la révélation d'un lourd secret, presque attendu. Dommage, ces deux derniers chapitres sont pour moi trop mélos et ont faire tomber l'intensité des émotions précédentes. J'aurais préféré rester dans le doute, ne pas savoir ce qu'il y a avait dans ce mail et garder la puissance de l'amour. Mais ce n'est pas grave. 

Parce que ce livre apporte de l'apaisement, parce qu'il est subtil, parce qu'il laisse une trace indélébile : merci Mikaël Ollivier.


Retrouvez l'avis de ma copinaute Pepita 

26 juin 2016

Do la honte / Raphaëlle Frier. Rue du Monde, 2015

Dorian a honte.
Honte de sa misère sociale : la condition modeste de ses parents, les blocages psychologiques de son frère Kévin, mais surtout honte de sa mère vautrée sur le canapé sous sa couverture marron, qui passe sa journée à boire et à déprimer.
Dorian s'est construit des barrières pour ne jamais avoir à évoquer sa vie privée et pour l'essentiel, il a choisi d'être bon élève à la conduite irréprochable pour que personne n'ait un jour à rencontrer ses parents. Il baisse la tête et fait sa vie en toute discrétion pour ne pas se faire remarquer.
Mais tous ses murs s'effondrent le jour où un petit caïd du collège se met à le harceler.

Il est plutôt touchant Dorian : grand dans sa tête et petit dans son coeur, courageux et triste à la fois.
De sa vie minable, il voudrait changer la donne. Et sans qu'il s'y attende la lueur d'espoir viendra de sa mère, celle qu'il ne peut définitivement pas haïr.
Un roman court pour un texte juste, qui montre la vie dans toute sa réalité.
C'est aussi ça, la société ...

13 sept. 2015

Comme une envie de voir la mer / Anne Loyer. Alice Edition, 2015

Un coup de fil mystérieux et Ludivine est bouleversée.
Elle, la fille parfaite, studieuse, choyée, envoie tout valdinguer. 
Ce n'est pas un simple coup de tête mais une colère profonde. Ludivine devient Ludie, enfourche une moto, embarque son frère handicapé sur son passage et fuit son présent pour encaisser la vérité.
On est très touché par cette relation frère/sœur, cette escapade à deux qui leur permet, de se découvrir différemment, avec une nouveau paramètre. La colère de l'une, l'insouciance de l'autre,  mais une bienveillance commune qui leur permet de se re-trouver.
On se pose des questions sur la loi du silence, les secrets familiaux et l'amour filial. Un amour parfois maladroit mais tout simplement indispensable.
Comme souvent Anne Loyer tombe juste et son écriture sonne la sincérité et l'authenticité. Tout est légitime et logique : ce besoin de se rattacher à ce frère, l'évolution des sentiments, la construction de soi et l'erreur des parents en devient compréhensible. 
 
Une lecture courte mais touchante : l'amour et le silence ne peuvent pas tout, ...

Retrouvez l'avis de ma copinaute Pepita
 

5 avr. 2015

L'héritage du clan Morgan / Justine Jotham. Oskar editions, 2014

C'est en interceptant un coup de fil entre sa grand-mère et le commissaire de police que Béa découvre la vérité sur ses parents décédés dans un acccident de voiture alors qu'elle était tout bébé.
En prime, elle découvre un manuscrit inachevé dont ils étaient les auteurs et qui est sujet à de nombreuses convoitises éditoriales.
Ado intrépide, Béa, aidée de son amie Tess relève le défi de finir l'écriture du manuscrit et d'éclaircir tout mystère.
L'intrigue est assez alléchante, les personnages sont là, les éléments s'enchainent mais malheureusement le fond de l'histoire  n'est pas assez ambitieux. On voit tout arriver à l'avance, il y a peu de rebondissement et les dénouements sont faciles.
Quel dommage, ce n'est pas réellement le roman policier auquel on pouvait s'attendre !

Retrouvez l'avis de ma copinaute Pépita

2 avr. 2015

La soupe américaine / Anaïs Sautier. EDL, 2014

Alors qu'elle s'apprête comme chaque année à partir fêter la Pentecôte chez ses grands-parents, nous découvrons la famille de Mona : sa petite sœur Crapule, son grand frère Johnny qu'elle idolâtre sans commune mesure, son père, psychologue, qui a bien du mal à trouver sa place et sa mère, taciturne, qui enchaine cigarettes sur cigarettes.
Mais ce WE ne ressemble en aucun autre WE de Pentecôte. Papou, d'habitude si joyeux et loquace, fuit. Mamou doit être ménagée car elle a des problèmes cardiaques.
Mona le sent bien ; il se passe quelque chose.
Un coup de téléphone de la famille grecque de papou va faire alors éclater la vérité et débloquer la situation.
Après des débuts touchants où l'on découvre la maladie, une famille unie, des secrets qui se dévoilent et des personnages tous aussi attachants les uns que les autres, le roman change radicalement de cap et s'oriente vers l'histoire de la Grèce lors de la seconde guerre mondiale ; histoire intimement liée au passé du grand-père.
Un roman assez inclassable en fait,  où beaucoup de sujets sont  évoqués ( peut-être trop ?) et sur lequel j'ai du mal à me faire un avis. J'ai perdu en cours de lecture le fil rouge qu'à voulu suivre l'auteur et finalement, je trouve qu'aucun des thèmes abordés n'est réellement approfondi.
Perplexe..

20 févr. 2015

Un hiver en enfer / Jo Witek. Actes Sud, 2014

Entrons dans la famille d'Edward Barzac : un richissime père architecte, une maman dépressive qui enchaine les soins en institution et qui ne communique quasiment pas avec son fils ; lui-même un enfant fragile, perturbé, rempli de tocs, solitaire, asocial, ... qui plus est, harcelé par les petits caïds du lycée.
La vie d'Edward n'est vraiment pas enviable !
Quand ses parents sont victimes d'un accident de voiture et que son père décède sur le coup, alors  l'enfer n'est vraiment pas bien loin. Triste, blessé, haineux, colérique, ... Edward ne comprend pas l'attitude changeante de sa mère qui le surprotège, l'étouffe, et son quotidien frôle alors régulièrement la folie et l'horreur.
Wouah quel thriller ! Un roman choc et parfois glaçant, habilement mené de bout en bout, où tout s'imbrique, se noue, se dénoue en toute logique et sous tension psychologique permanente.
Lu quasiment d'une traite, je me suis laissée embarquer dans le piège de cette intrigue au climat malsain, où manipulation rime avec violence.
Un livre captivant, bien que parfois attendu, mais dont toute la force tient dans la réalité des émotions et des réactions des personnages, que Jo Witek retranscrit ici avec intensité.
Bluffée !
Retrouvez les avis de Pépita 
et de Céline

15 janv. 2015

Au bout du voyage / Meg Rosoff. Albin Michel, 2014

A 12 ans, Mila se retrouve à accompagner son père sur les routes des Etats -Unis.
Suite à un coup de fil, ils sont partis à la recherche de Matthew, le meilleur ami de son père, qui a mystérieusement disparu du jour au lendemain, en abandonnant femme et enfant.
Un road-trip en plein hiver où le temps s'égraine lentement, où le puzzle se construit progressivement et où les personnages sont en constante introspection. Autant d'éléments qui nous donnent l'impression d'avancer dans la plus grande opacité.
Décalée du monde des ados, parfois déroutante, souvent complexe et servie par une écriture dense où les dialogues sont intégrés dans le récit, je suis restée totalement hermétique à cette histoire.
Un roman initiatique atypique qui ne m'a pas convaincu.

25 déc. 2014

Les géants / Benoît Minville. Sarbacane, 2014.

Sur la côte basque la famille de Marius et celle d'Estéban forment à elles seules un vrai clan.
Les fils, meilleurs amis du monde, sont inséparables.
Leurs pères, parfois indélicats, sont très présents et souvent admiratifs à l'égard de leurs garçons.
Dans ce monde d'hommes, les femmes sont fortes et font leur place.
Puis un jour débarque un grand-père  qui sort de prison et qui bouleverse tout sur son passage. Les plaies s'ouvrent, les secrets se découvrent, les relations changent, le temps presse, l'avenir n'est plus le même.
 
La première partie du livre est très narrative ; elle pose le décor et les enjeux. Mais quand tout s'accélère, on est carrément happé par l'intrigue et on avale les pages. On s'identifie, on rêve, on tremble, on s'impatiente.Et quand l'émotion nous saisit dans les derniers chapitres, on referme le roman en se disant : " Waouh, quel bouquin !"
 
Habillement construit, un bon gros pavé où l'on ressent l'exigence de l'écriture et la subtilité des personnages et des situations : Benoit Minville écrit avec justesse les chroniques de familles ordinaires qui construisent leur destin... extra-ordinaire.